La vague

Deux jours après avoir publié mon précédent billet, j’ai eu une flopée d’alertes cardiaques sur ma petite montre (absolument rien de grave juste des accélérations un peu trop fréquentes de mon rythme habituel) et généralement, quand je n’ai pas bu d’alcool, ça ne présage rien de bon. Un sentiment d’oppression sorti de nulle part et un bon petit coup de blues des familles ont pointé leur nez ensuite…

Bingo !

Ce n’est pas nouveau ces coups de spleens qui s’invitent au beau milieu de périodes plutôt calmes et tranquilles ; la différence c’est que maintenant et depuis quelques années, j’en parle.

En en discutant avec une personne que j’apprécie beaucoup sur Mastodon, j’ai été particulièrement sensible à ces phrases. « Je fonctionne comme ça aussi. J’ai fini par élaborer la théorie suivante : le contexte et l’environnement n’y sont pour rien, c’est juste ma façon d’être au monde. Sans raison, les émotions me submergent (colère, tristesse, mélancolie…) et je ne peux rien faire d’autre que d’attendre. Avec l’âge, j’ai appris à les reconnaître, ces vagues. »

Nous étions d’accord sur le fait qu’il s’agissait de vague à laisser passer en retenant son souffle, mais « c’est juste ma façon d’être au monde » m’a beaucoup plu et donné à réfléchir. Parce que je crois bien que c’est la mienne aussi. 

Je ne sais pas d’où proviennent ces remous, même si j’ai quelques indicateurs, mais quand ils étaient là, j’ai cru pendant longtemps que je ne pouvais rien y faire à part avoir recours à des médicaments quand cela devenait trop difficile. Ce n’est pas le cas cette fois-ci. 

En y pensant, le contexte et l’environnement ont un impact certain lors de ces épisodes gris, sur ma petite personne. Ils peuvent grandement m’aider à passer la vague ou m’enfoncer un peu voir beaucoup plus, mais la vague est là avec ou sans eux. Et pour moi aussi il s’agit d’un trop plein d’émotions qui probablement me submergent sans que je les identifie pour autant. 

Je ne sais pas la colère, je ne sais pas quoi en faire, je ne la reconnais pas, alors je la pleure. Ce n’est pas récent, du plus loin que je me souvienne, je pleure la colère quand elle est là. Quand elle est très importante et simple, j’élève la voix, je m’emporte, je bouscule des objets, comme tout le monde ou presque, mais quand elle est moindre, latente, non clairement identifiée, je deviens triste et j’ai beaucoup de chagrin.

Il en est de même pour l’inquiétude, quand un problème me préoccupe, je ne me ronge pas les ongles, je n’ai pas mal à l’estomac, je suis triste et je pleure.

Quand je suis triste et que j’ai de la peine, je pleure aussi, vous imaginez bien ! [1]

La mélancolie est mon échappatoire, peut-être même une soupape. 

Un des avantages de vieillir c’est d’apprendre à se connaître. J’ai eu longtemps des difficultés à reprendre pied dans ces circonstances, c’est de moins en moins vrai. J’attends que ça passe, j’ai le temps et j’ai fait quelques progrès. J’ai appris à identifier la frustration, la déception, je les accepte et cherche des solutions, au moins pour éviter que cela se reproduise. J’ai maintenant quelques méthodes qui fonctionnent pour moi, et surtout je sais que c’est inévitable, que cela fait partie de la vie et qu’une forme de détachement soulage de bien des maux. Ce n’est pas encore un succès à chaque fois, mais je ne dirais pas que c’est un échec systématique… (Vous l’avez ? Au moins dit comme cela, ça peut avoir du sens…) 

Je ne rumine plus, je ne ressasse plus, c’est la pire des choses que je puisse faire pour ne pas sortir de la vague ; je le sais alors c’est non ! Comme mon neurone fait bien ce qu’il veut, sans me demander la permission, je l’occupe. J’écris tout ce que j’ai à ruminer dans un carnet, je le ferme et ensuite je joue à des jeux bêtes, mais pas trop, j’écoute de la musique (je ne peux pas penser et écouter de la musique en même temps, je vous rappelle que je n’ai qu’un neurone et qu’il est monotâche), j’installe tout ce que le web produit de frameworks CSS, de générateurs de sites statiques, pour les essayer, ça bug tout le temps, ça me fatigue beaucoup, c’est parfait. Tout ce qui peut me distraire, retenir mon attention et m’empêcher de penser est bon à prendre. 

Et quand je suis trop triste et fatiguée, je dors, j’écoute de la musique douce, je fais du yoga (mollement), et surtout je prends l’air et je regarde le ciel ! Contre la tristesse et la morosité, je ne connais pas mieux, à part ajouter un lac sous le ciel, même pas chauffé, ça marche aussi. 

Bien sûr, il ne s’agit pas de mélancolie au sens clinique du terme, on ne traite pas une dépression avec des promenades ou la contemplation d’étoiles, loin de moi l’idée que l’apathie ou la neurasthénie puisse être guérie par quelques activités et une bonne vieille pied-au-cul thérapie que l’on assène encore bien trop souvent à celles et ceux qui luttent contre une maladie grave. Et je sais de quoi je parle pour y être passée. C’est du passé et j’aimerais autant que ça le reste…

Pour l’instant aucune trace de déferlante, rien qu’une vaguelette à laisser refluer au large. Il y aura d’autres marées montantes, d’autres vagues, je vais travailler encore un peu mon apnée et apprivoiser ma façon d’être au monde.[2]

 

une statue de moine assis la tête posée sur les mains

Note(s)

  1. ^ Le premier qui ose une « mater dolorosa », je le mords… :-p
  2. ^ Attention ce billet n’est pas un livre de recettes, je suis dans une période de vie qui me permet de me poser, mais chacun·es fait bien ce qu’iel peut dans ces moments. C’est une phrase qui m’a été écrite également par une autre personne « On fait ce qu’on peut » et oui, et merci pour ça. :-)

Commentaires

1. Le 28 mars 2026, 10:38 par Alana

Je connais ces vagues, parait que c'est mon système nerveux qui est dérégulé, comme ça remonte à du post traumatique de l'enfance, (accumulé avec d'autres trauma d'adultes) c'est ainsi que je me suis construite, développée, et si la plasticité cérébrale peut beaucoup, elle ne fait pas de miracle non plus, c'est en effet une façon d'être au monde. Je tâtonne encore sur ce qui me soulage, parfois le soulagement immédiat n'est pas très pertinent sur le long terme, je cherche mon équilibre de funambule. Et je crois que cette recherche est et sera l'histoire de ma vie.

2. Le 28 mars 2026, 19:02 par Mésange

Ce n’est malheureusement pas une exclusivité, je sais que je la partage avec d’autres. Ce que je me demande c’est ce qu’en perçoit une personne qui ne connaît pas ces vagues ? Qui ne ressent jamais ces creux inexpliqués et sans raisons précises à priori ? C’est aussi pour cela que je l’écris, parce qu’on ne dira jamais assez combien ces états conditionnent notre rapport au monde et notre vie toute entière. Et si ça n’est pas utile à quiconque, je crois que ça me fait du bien de l’écrire à voix haute.
Je te souhaite de trouver l’équilibre que tu cherches.

3. Le 28 mars 2026, 19:34 par Kozlika

On connaît, on est là, des petits points dans le paysage, des vaguelettes (chauffantes) sur le lac.

4. Le 29 mars 2026, 13:03 par Mésange

@Kozlika <3

5. Le 30 mars 2026, 09:15 par Sacrip'Anne

Ah bon, @Kozlika, il est chauffé, maintenant, le lac ? #JeSors

Des câlins.

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